L-INCONNU DE LA POSTE - AUBENAS FLORENCE

Nos rayons
L-INCONNU DE LA POSTE

L-INCONNU DE LA POSTE

AUBENAS FLORENCE
Editeur : OLIVIER
Collection : ESSAIS
Date de parution : /02/2021

[ean : 9782823609851]

En stock !
19.00 €

Notre avis

Tout fait-divers émane d’un lieu, d’une ambiance, d’une étincelle qui fait basculer la monotonie des quotidiens dans le tragique, l’ombre de l’anonymat d’une campagne ou d’une vallée dans la lumière morbide des caméras et des regards curieux et inquisiteurs. La première réussite de Florence Aubenas relève de ce miracle de la littérature, de cette capacité quasi mystique à plonger le lecteur tout corps entier dans une atmosphère, dont le rendu transpire à chacune des pages, soulignant avec d’autant plus de génie la façon dont l’extraordinaire surgit de la banalité.

« L’inconnu de la poste » nous ramène à Montréal-la-Cluse, un lac, ses usines de plastique, ses montagnes alentours et son canevas de vies qui se tisse puis se déchire, une poignée d’existences tantôt rangées, tantôt tumultueuses, qui se brisent au contact les unes des autres.

Décembre 2008, au petit matin, Catherine Burgod, jeune quadra qui tient la petite agence de poste du village, fille d’une figure locale mais dont la vie est transparente, est tuée sur son lieu de travail de 28 coups de couteau. Montréal est en émoi, les journalistes et les foules de curieux affluent, et rapidement le village est suspendu à l’avancée de l’affaire. Mais d’avancée, il n’y a pas. Aucun témoin, aucune piste, et les rares suspects sont rapidement innocentés. Jusqu’à temps de mettre la main sur le coupable idéal …

Ce sera Gérald Thomassin. Lui n’est pas un « inconnu », il est un acteur césarisé pour son rôle dans Le Petit Criminel de Jacques Doillon en 1991. Enfant de la Ddass, que le heureux hasard d’un casting sauvage sortira un temps de la #misère, et pourtant incapable de se défaire de ses démons, l’alcool, la drogue, l’argent dilapidé, l’incapacité à poser pied à terre, il cochera toutes les cases, en bonne pièce rapportée du village, voisin de la petite poste, grande gueule sans que l’on sache réellement si c’est lui qui parle ou un personnage de film duquel il semble incapable de se défaire totalement.
Tout semble l’accuser, sauf les faits et les preuves … Même l’ADN le disculpe.
Et pourtant, la machine judiciaire est ainsi faite qu’elle ne le lâchera plus, jusqu’à ce que l’acteur finisse par disparaître lui-même en 2019.

Et c’est là que se dessine l’autre grande réussite de Florence Aubenas, restituer sans juger, rendre l’humanité par-delà la présomption, donner corps à la confrontation d’individus brisés et de systèmes qui s’entrechoquent, police, justice, presse et opinion publique, esquisser un jeu de miroirs entre la position de victime et le sentiment de culpabilité. Chacun sera légitime à s’ériger en victime car de coupable, il n’y a pas. Le coupable, c’est « l’inconnu de la poste », autour duquel se fracturent tant d’existences, déchirées de ne pas connaître la vérité.

Le récit s’entremêle des trajectoires multiples que dessine l’écrivaine, autant de portraits d’une justesse et d’une densité profondément bouleversants. En creux des destins croisés de Catherine et Thomassin que tout oppose en apparence, épicentres d’un drame dont les conséquences irradient sur un village entier, surgissent les vies fracturées d’un père détruit de ne pas avoir su protéger sa fille, d’un avocat qui rendra son dernier souffle d’avoir sacrifié sa vie à ses affaires, ou de marginaux toxicomanes qui, l’espace de quelques mois, semblaient avoir trouvé dans le fil d’une amitié une échappatoire à leur descente aux enfers.

Et puis, ces nombreux anonymes, comme il en existe tant, « le Futur-Ex », « le Nouveau », en somme le Monsieur-tout-le-monde, vous et moi, dont les vies rangées sombrent d’une seconde à l’autre dans l’horreur, devenues les curiosités malsaines du sensationnel que le storytelling du fait-divers tragique plaque sur les existences. Alors même que cette affaire sordide cristallisa autour d’elle le gratin, où l’on croise Dominique Besnehard, Béatrice Dalle ou Eric Dupond-Moretti, c’est à ces inconnus, ces gens ordinaires que Florence Aubenas s’intéresse, braquant le projecteur sur leur humanité et leur réalité nue.

Par une maîtrise de la forme et de la narration digne aussi bien des grands romans que des grandes enquêtes journalistiques (dont la presse est de plus en plus avare), et comme Laurence Lacour l'avait fait en son temps avec "Le bûcher des innocents" à propos de l'affaire Grégory Villemin, Florence Aubenas dénoue avec intelligence et sensibilité la complexité d’un réel multiple, extrait de la tragédie et de la noirceur ce qu’elles recèlent de lumineux en nous.

« L’inconnu de la poste » est un livre qui vous saute à la gorge dès la première page et ne vous lâche plus. Il est de ces chefs-d’oeuvre qui se lisent d’une traite, sans jamais cligner de l’oeil ni piquer du nez. Une réussite absolue à tout point de vue.

Alexis

Ils pourraient vous plaire

FEMMES DU BRACONNIER BABEL 109 PUJADE-RENAUD CLAUDE ACTES SUD

LES FEMMES DU BRACONNIER

PUJADE-RENAUD CLAUDE
ACTES SUD
LETTRE A MON PERE SEBBAR LEILA BLEU AUTOUR

LETTRE A MON PERE

SEBBAR LEILA
BLEU AUTOUR
L-INSOUCIANCE TUIL KARINE GALLIMARD

L-INSOUCIANCE

TUIL KARINE
GALLIMARD