NOS ANNEES POULIDOR - BOUVET PHILIPPE

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NOS ANNEES POULIDOR

NOS ANNEES POULIDOR

BOUVET PHILIPPE
Editeur : DES EQUATEURS
Collection : ESSAIS
Date de parution : 19/08/2020

[ean : 9782849907719]

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18.00 €
Résumé
« Sans le vélo, mon horizon n'aurait jamais dépassé la haie d'un champ, dans le Limousin. » Raymond Poulidor savait d'où il venait. Et il y revenait, toujours. Son port d'attache, Saint-Léonard-de-Noblat, se situe en plein coeur de la France. C'est un petit village niché sur le chemin de Compostelle où il a appris à traire les vaches de la ferme familiale mais où il a aussi acquis le bon sens du pays limousin, la sagesse, la patience, le travail bien fait.La casquette souvent de traviole mais les idées bien en place, l'éternel deuxième a couru quatorze Tours de France. Il paraît que les Français, en ce temps-là, n'aimaient pas tellement les gagnants, à la différence de ceux de maintenant. On était alors Anquetilistes ou Poulidoristes, une sorte de lutte des classes, même si l'un comme l'autre des deux antagonistes s'étaient présentés aussi démunis au départ de la vie. Ils auraient donc coupé la France en deux, mais c'est vite dit parce que dans toute sa ruralité d'alors, elle penchait quand même sacrément du côté de Poulidor. Il avait « percé » au temps des chanteurs yé-yé. Deux ans après Johnny, le voilà qui partait à son tour. Lui qui avait couru sous De Gaulle, Pompidou et Giscard s'en allait deux mois à peine après ChiracCeux qui ont grandi dans les années 1960 et 1970 n'avaient jamais connu un monde sans Poulidor. Mais ce n'est pas le souvenir des Tours d'enfance qui remuait en nous les nostalgies. Son exploit fut de ne jamais être vintage, mais intemporel. Tout changeait autour de nous et rien ne changeait tant qu'il était là. Lui restait le même. Au milieu de tout le chambard, quelque part, il était notre rassurance. « Poupou » s'était transmis de grand-père en petit-fils. Chacun pouvait se reconnaître en lui qui ne ressemblait à personne.

Notre avis

Commentée, critiquée ou conspuée des jours durant, la sentence du maire de Lyon Grégory Doucet à propos du Tour de France "machiste et polluant" avait valeur d'orage au-dessus d'une compétition à laquelle beaucoup n'auront alors de cesse de rappeler leur attachement.

Le livre de Philippe Bouvet, sorti quelques jours avant ce discours lapidaire, n'est pas tant une réponse sur le bilan des émissions carbone produites par le Tour ou le traitement que celui-ci réserve aux femmes, qu'un rappel de la dimension métapolitique d'un événement qui dépasse largement le cadre du sport ou des querelles de chapelles politiciennes.

A travers la figure de Raymond Poulidor, l'ancien grand reporter du journal "L'Equipe" livre la photographie sociétale d'une France qui, en filigrane des exploits et des échecs de son champion maudit, se trouvera toujours tiraillée entre archaïsme et modernité jusqu'à aujourd'hui. Philippe Bouvet convoque la figure intemporelle de Poupou, incarnation de cette France des "territoires", dont la rivalité avec Jacques Anquetil symbolisera longtemps l'opposition entre la ruralité et la ville, et dont les propos de l'édile lyonnais ne sont qu'une illustration supplémentaire.

S'il n'a jamais endossé le maillot jaune de toute sa carrière, Poulidor aurait sans doute pu revêtir le gilet jaune, idole des oubliés, des gens de l'ombre, d'une certaine idée de l'obstination, du courage, du travail et d'une culture. Philippe Bouvet, en racontant le champion cycliste, rend hommage à un pays, son héritage, ses habitants, ses territoires, ceux qu'admirent chaque année quelques millions de téléspectateurs au travers des exploits sportifs (ou devant lesquels certains en profitent pour faire la sieste) et pour qui toucher au Tour de France même pour de bonnes raisons, c'est toucher à un peu d'eux-mêmes.

Mais ce qui marque surtout dans ce livre, c'est la plume de Philippe Bouvet, écrivain lumineux, de cette classe des journalistes sportifs méprisés parce que le tout-venant s'imagine qu'ils sont les rebuts de la profession, qu'il y a peu de noblesse à accorder de l'importance à ces forçats de la route, des stades ou des parquets, mais dont chaque phrase, en réalité, est une formule qui claque, et illumine le récit, dans les traces d'Antoine Blondin, géant parmi les géants.

Rendue jubilatoire grâce au talent d'écriture de son auteur, cette lecture est un doudou, une madeleine de Proust, éveillant des souvenirs émus chez le fanatique de vélo comme chez les autres, qui trouveront au fil de ces pages tantôt une musique, tantôt une région, un comédien, une chanteuse, un combat politique, une émission de télé, un plat, une route qui leur rappelleront leur jeunesse, leurs parents, leurs grand-parents, leur histoire tout simplement, la leur et celle de leur pays, celle du Tour de France, bien sûr polluant, bien sûr machiste à certains égards, mais surtout symbole de la permanence d'une culture séculaire et de ses sentiments forcément contrariés qu'il s'agit d'interroger plutôt que de balayer.

Alexis

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